Chez CMF, la filiale de Nothing, la philosophie est connue : proposer un design audacieux et soigné à un tarif accessible. Avec la Speaker M à 99 euros, le constructeur londonien veut se faire une place sur un marché des enceintes Bluetooth largement dominé par les formats cylindriques classiques, avec en chef de file l’excellente JBL Flip 7.
Le plan est limpide : miser sur un appareil à la fois fonctionnel, personnalisable et pensé pour le quotidien, qui marie l’esthétique d’un objet de déco et l’usage nomade. Sauf que la concurrence est féroce sur le segment des enceintes portables à moins de 100 euros. Un parti pris visuel, aussi sympathique soit-il, suffit-il à convaincre sur la durée ? Pour le savoir, nous avons passé la CMF Speaker M à la moulinette de nos tests.
Un look de crémerie, mais pas une baroudeuse
Au déballage, l’originalité du produit saute aux yeux. Exit les codes habituels : la Speaker M s’inspire directement d’une brique de lait. Ses lignes géométriques et épurées lui donnent un côté à la fois ludique et un brin nostalgique.
Côté gabarit, l’enceinte reste compacte et facile à prendre en main : 220 mm de hauteur, 85 mm de largeur, 54 mm de profondeur et 602 grammes sur la balance. Sa partie supérieure forme une poignée intégrée. Résultat : on l’attrape d’un geste, on la pose sur un meuble, on l’accroche à un crochet ou on la porte en bandoulière pour ses déplacements.
CMF va encore plus loin dans la personnalisation grâce à un système de façade et de molette amovibles. L’enceinte existe en quatre coloris (blanc, gris foncé, orange et turquoise), de quoi changer de style au gré des envies. La manipulation est un jeu d’enfant : on déverrouille le loquet arrière, on retire le bouton rotatif avant, puis on soulève le panneau plastique pour en installer un autre. Le fabricant fournit même le fichier 3D officiel, pour que les heureux propriétaires d’une imprimante 3D puissent imprimer leurs propres façades. Une idée originale et, à notre connaissance, unique sur le marché.
Il faut toutefois calmer les ardeurs des aventuriers. Sur le papier, la Speaker M affiche une certification IP68 : elle est hermétique à la poussière et au sable et supporte une immersion dans l’eau douce jusqu’à 1,5 mètre pendant 30 minutes. De quoi affronter sans broncher les averses et les éclaboussures de piscine. Mais étanchéité ne rime pas avec robustesse tout-terrain. Contrairement aux enceintes nomades renforcées, la Speaker M n’a droit à aucun revêtement en silicone ni amortisseur de chocs : son carénage repose sur du plastique dur moulé. Pendant nos essais, cette conception nous a fait redouter que la coque ne se marque après une chute sur du béton. Étanche, oui. Increvable, non : vous voilà prévenus.
Une molette bien pensée… mais un peu trop mobile
L’ergonomie de la Speaker M repose sur des commandes physiques réparties entre la façade et le dos. En haut de la face avant, on trouve une molette crantée, flanquée du bouton d’alimentation lumineux. C’est elle qui concentre l’essentiel des interactions : une rotation règle le volume, une pression lance la lecture ou la pause, deux pressions passent au morceau suivant et trois reviennent au précédent. Un appui prolongé de deux secondes déclenche une action personnalisée, comme l’activation de l’Ultra Bass ou du Wide Soundstage.

Au quotidien, la manipulation de cette molette est agréable. Mais nos tests ont fait émerger un défaut agaçant : le bouton rotatif se retire beaucoup trop facilement. Pensé pour être amovible lors d’un changement de façade, il manque d’une fixation suffisamment ferme. Pendant les manipulations, ou quand on glisse l’enceinte dans un sac, la molette peut se déloger sans prévenir. Le risque de la perdre en déplacement est bien réel et il faudra alors régler le volume en tournant l’axe nu. CMF aurait clairement dû mieux la sécuriser.
Au dos, un loquet physique verrouille la façade. On y trouve aussi deux boutons dédiés au Bluetooth et à l’Auracast. Le premier gère la recherche d’appareil (appui de 2 secondes), la réinitialisation (appui de 8 secondes) et le basculement entre l’entrée audio USB-C et le sans-fil (appui court). Le second active le Party Mode (Auracast) d’une simple pression.
Connectique : la Speaker M a (presque) tout compris
En matière de sans-fil, la Speaker M embarque le Bluetooth 6.0 et gère les codecs classiques AAC et SBC. Pour simplifier le tout premier couplage, elle intègre Google Fast Pair côté Android et Microsoft Swift Pair côté Windows. Mieux encore, une puce NFC se cache sur le flanc de l’appareil : il suffit d’y approcher un smartphone Android pour appairer l’enceinte en un clin d’œil, puis la reconnecter d’un simple geste.
Autre bon point : la connexion multipoint. Elle permet d’associer l’enceinte à deux appareils en même temps (votre téléphone et votre ordinateur, par exemple) et de passer de l’un à l’autre sans déconnexion manuelle.
La Speaker M prend aussi en charge l’Auracast via son Party Mode. D’une pression sur le bouton dédié, on peut synchroniser plusieurs enceintes compatibles pour diffuser la même musique, comme nous l’avons fait avec une JBL Flip 7. Le Stereo Mode, lui, permet d’associer deux enceintes identiques pour former un véritable système stéréo.
L’enceinte propose également un port USB Type-C compatible avec le flux audio numérique sans perte, avec une latence sous les 60 ms pour la vidéo ou le jeu. Là encore, il faut relativiser. Si la transmission filaire fonctionne bien, ce mode audio Lossless s’avère dispensable à l’usage : vu les performances acoustiques mesurées et les capacités des haut-parleurs, impossible de déceler une différence audible avec le Bluetooth standard. Un argument marketing séduisant, mais peu déterminant.
Pour piloter le tout, l’application Nothing X (iOS et Android) fait office de centre de contrôle ergonomique. Elle permet d’ajuster le son via quatre profils d’égalisation (équilibré, plus de basses, plus d’aigus, voix) ou grâce à un égaliseur personnalisable, mais limité à seulement trois bandes.
Côté son : des voix au poil, des basses à la peine
Sur le plan acoustique, la Speaker M repose sur une conception 2 voies logée dans une enceinte hermétique étanche. Elle réunit un woofer de 70 mm pour les graves et les médiums, ainsi qu’un tweeter de 16 mm pour les aigus, le tout alimenté par une amplification de 35 W RMS. La réponse en fréquence annoncée s’étend de 60 Hz à 20 kHz.
À l’écoute, l’enceinte dévoile une signature sonore équilibrée, nettement orientée vers les médiums. Les voix profitent d’un traitement efficace : elles sont très claires, bien articulées et agréables. Voix chantées, podcasts et contenus parlés bénéficient d’une assise convaincante dans les bas-médiums, qui apporte de la chaleur sans étouffer le signal. À volume modéré, le rendu est doux et fluide, idéal pour une écoute de proximité.
Mais les limites physiques de l’appareil se font vite entendre. D’abord, la Speaker M souffre d’un manque flagrant de basses profondes. Face à des rivales directes comme, justement, la JBL Flip 7, elle manque d’impact dans l’extrême grave, et les morceaux d’electro ou de hip-hop manquent de rondeur. L’Ultra Bass redonne un petit coup de pouce dans les basses fréquences, mais le woofer de 70 mm ne peut pas faire de miracle.
Second point faible : la tenue à volume élevé. Le son reste propre sous les 50 %, mais la restitution se dégrade nettement dès qu’on dépasse les 60 % du volume maximal. L’enceinte devient alors sensible à la distorsion et les aigus affichent une tendance marquée à la sibilance, au point de devenir agressifs sur les cymbales. Enfin, sur les morceaux acoustiques complexes, le manque de détails et de séparation instrumentale se fait sentir.
Avec cette signature équilibrée mais sobre en basses et une construction en plastique dur, le positionnement de la Speaker M s’impose de lui-même. Elle n’est pas taillée pour sonoriser une fête en plein air un peu bruyante. Sa vocation, c’est l’usage portable à la maison : posée sur un bureau ou une table de nuit, elle diffuse musique et podcasts avec clarté.
Autonomie : près de 17 heures au compteur
Pour tenir la distance, la Speaker M embarque une batterie de 4 900 mAh. Le constructeur annonce une autonomie maximale de 18 heures à 50 % du volume avec l’Ultra Bass activé, et jusqu’à 4 heures lorsque le volume grimpe à 80 %.
En conditions réelles, avec un volume réglé à 50 %, l’enceinte s’est éteinte après exactement 16 heures et 54 minutes de lecture ininterrompue. Un résultat très solide, qui confirme les promesses de la fiche technique. Cette belle endurance assure plusieurs jours d’utilisation à domicile sans passer par la case recharge. Et quand il faut brancher la bête, le port USB-C la remet d’aplomb en environ 3 heures.











